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Dites nous, les arbres...

par Alexandre Moeava Ata

Couverture en couleurs empruntées au bourao de Gauguin (1897)

Septembre 2009

124 pages

13 x 25 cm

ISBN 978-2-904171-84-0

1500 CFP prix public

16 € frais de port aérien France inclus. Autres pays : voir listes des prix


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Au moment d’une vie qui désormais «s’effiloche plutôt qu’elle ne se déroule», Alexandre Moeava Ata égrène élégamment, presque nonchalamment ses souvenirs, qu’il associe pour chaque lieu à la présence tutélaire d’un arbre. Il évoque ainsi la mystérieuse correspondance entre tous les êtres de la nature, si chère aux Polynésiens. Mais le réseau des familiarités entretenues par son peuple est si vaste et divers, à l’image des anciennes migrations océaniques, que cet ensemble finit par constituer une trame forte, chargée de sens. Des surprises de la nuit sur les plages polynésiennes aux escapades nocturnes des «villageois» huppés de Saint-Germain, du lycée Ingres de Montauban et de la place du Capitole à Toulouse, où Alexandre Ata fit une partie de ses études, aux impressions vivaces gardées du Japon, de Singapour, des Etats-Unis, d’Australie, la mémoire butine avec une constante aisance... Les Polynésiens, peuple migrateur, s’adaptent et savent se faire désirer, partout où l’existence les conduit. L’observateur, le compagnon, l’élégant dandy, porte un regard aigu sur les hommes et les femmes qui croisent son chemin.

De façon plus intimiste, les lieux confidentiels si nombreux dans les archipels polynésiens servent de contrepoint à ce brassage mondial des expériences. Fonds de vallées de Moorea, quartiers modestes de Tahiti «côté montagne», plages secrètes des Australes, chemins de corail blanc, sont peuplés d’êtres valant bien les grands de ce monde, qui ont fasciné Alexandre Ata à ses débuts.

Alexandre Moeava Ata fut chargé de mission auprès du vice-président Pouvanaa a Oopa, si injustement traité par la France, et conseiller du gouvernement auprès de Francis Sanford : ce n’est pas par hasard qu’il a été proche de ces deux grands leaders autonomistes.

Alexandre Ata a su cueillir le meilleur de la culture française, dont il est un fin connaisseur, mais il n’a jamais été dupe du système colonial. Trop élégant pour le mettre pesamment en accusation, il pratique un humour léger d’autant plus dérangeant, qui balaie la rhétorique dont se parent les colonisateurs : «Qui que nous soyons, c’est vous qui nous assimilez...» susurre benoîtement tel administrateur... «Vous êtes la race des seigneurs»...

Fiers et altiers à coup sûr, mais destinés par les hôtes de passage à se faire manipuler sans fin. Pire, à s’installer et prospérer dans ces relations délicieusement ambiguës. Car maints représentants de la France se sont eux aussi laissés séduire par la magie de la Polynésie, dans une sorte de culture schizophrène... Les Polynésiens sont très conscients de leur impact et ne disent rien. Ils prennent ce qui peut être pris. Demain est un autre jour.

Alexandre Ata prend discrètement la défense des «franchises nécessaires à ce pays», comme disait De Gaulle. Les hommes politiques dont il fut le fidèle conseiller ont ceci de commun d’avoir connu alternativement les plus hautes fonctions et les geôles françaises. Pas pour quelque détournement de fonds comme cela se fait parfois de nos jours, mais pour leur engagement en faveur d’une large autonomie des Polynésiens. Quitte à ce que le gouverneur du moment ne se fasse pas à l’idée de troquer son large pouvoir pour l’habit d’un simple observateur, à l’étroit dans son ambassade.

Les arbres ont été les témoins de tout cela, à la fois aussi divers que les circonstances et les lieux, et signes unitaires de l’énergie qui traverse le monde. Conscience encore inachevée, mais omniprésente. Alexandre Ata sent jusqu’au tréfonds ces connivences secrètes : platanes du sud-ouest, où il fréquenta la famille De Galard en son château de Terraube, et sut percevoir les traits communs au Gers et à la Toscane ; «pua» de Rurutu, aux Australes : en ces lieux secrets, le chemin de sable blanc partant de Una’a, après avoir longé les vestiges de mara’e des anciens rois, franchi une succession de falaises, parvient au village d’Avera où le nouvel An est marqué par la visite des maisons décorées pour la circonstance, et les visiteurs abondamment poudrés de talc par ceux qui les accueillent... Et encore, et encore...

Ce livre est très émouvant. Il dit la sensibilité à vif d’un peuple si présent aux quatre coins du monde. Il en confirme le trouble existentiel, oscillant entre force vitale éperdue, rêveries au sein de la nature et vague dépression, entre orgueil insoutenablement blessé et résignation.

Jean Fasquel


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