d’ethnologue ni aucune des impressions ultérieures, celles de mes voyages dans le centre du Brésil ou en Antarctique n’arrivaient à effacer mon désir de connaître aussi les îles orientales des Mers du Sud.
En 1897 le Musée de Berlin me chargea d’une mission aux îles Marquises afin d’y combler une lacune importante dans le domaine ethnologique. […] Le City of Papeete, un voilier me mena […] à Nuku Hiva chez les derniers sauvages auprès desquels je passai six mois.
Mais cinquante ans trop tard ! […] Les navires de commerce, les bateaux de guerre, des fonctionnaires toujours renouvelés avaient enlevé les trésors de l’ancienne culture. […] On n’osait pas encore entrer dans l’enceinte sacrée d’un temple, mais on proposait déjà, à un prix élevé, des tiki de pierre prétendument trouvés et qui, en fait, venaient d’être taillés.
J’ai visité, passant d’une vallée à l’autre par les crêtes des montagnes, tous les villages des six îles habitées, j’y ai perdu vingt kilos. […] J’ai noté les paroles des chants et des généalogies qui remontent à la nuit des temps […]. Mon intérêt personnel me portait vers ces récits sacrés de la patrie d’origine, de la Polynésie centrale et d’autres îles éloignées appelées à tort « relais de migration ». Mais je ne voudrais pas publier ce riche recueil de textes avant d’avoir achevé l’étude de la culture matérielle, à élucider les secrets d’un art ornemental exceptionnel et mystérieux. […] (Avant-propos de l’édition de 1925, pp. 7-8).
En 1897-1898 Karl von den Steinen, un ethnologue allemand, recueille 45 récits de la bouche même des sages tuhuna de l’archipel des îles Marquises. Nous les retrouvons aujourd’hui, scrupuleusement traduits en langue française, enrichis de mythes des îles Cook, des îles Samoa et du pays au Long-nuage-blanc, présentés par Toti Teikiehuupoko, Jean-Louis Candelot et Henri Lavondès.
Ces mythes marquisiens ne sont pas des “waltdisniaiseries” ni des “mangas” ni même des contes de fées : à la fin, on ne se marie pas, on a des enfants étranges et on n’est pas heureux. A la fin, c’est fini !
En nous penchant sur ces textes originaux qui nous viennent de la Terre des Hommes, nous sommes pris de vertige, celui de notre propre origine…
On revient toujours à ses premières amours !
D’un voyage autour du monde que j’avais entrepris comme jeune médecin dans les années 1879-1881 et qui m’avait amené du Mexique à la Californie, au Japon, à Java, aux Indes et en Egypte, c’est pourtant des îles polynésiennes que j’ai ramené les impressions les plus fortes et les plus vivantes, celles où l’homme et la nature s’accordent dans la beauté et la joie comme nulle part ailleurs dans le monde. Je l’ai ressenti avec toute la sincérité de ma jeunesse, même si j’y mettais une part d’illusion. […] Ni les petits scrupules
MYTHES MARQUISIENS – Te hakatu tumu o te ati enana
par Karl von den Steinen
Novembre 2005
328 pages
15 x 22 cm
Traduction d'Almut et de Jean Pagès